Production d’électricité nucléaire du Canada

Les centrales nucléaires canadiennes produisent de l’électricité à des fins commerciales depuis le début des années 1960. Le Canada compte à l’heure actuelle 19 réacteurs répartis dans quatre centrales en activité (figure 4), soit trois en Ontario et une au Nouveau-Brunswick. Seule autre province à avoir eu recours à la production d’électricité nucléaire par le passé, le Québec a fermé définitivement la centrale Gentilly-2 en décembre 2012.

Figure 4 : Centrales nucléaires canadiennes

Figure 4 : Centrales nucléaires canadiennes

Source : Office national de l’énergie

Vue de l’intérieur d’une tour de refroidissement en béton

Au Canada, le bouquet électrique varie beaucoup d’une province à l’autre. Il va sans dire qu’un certain nombre de facteurs contribuent à déterminer ce bouquet à l’échelle provinciale, notamment l’accès aux ressources naturelles, les décisions historiques visant l’infrastructure et les politiques mises en oeuvre par les gouvernements. L’hydroélectricité est la principale forme d’électricité produite au Canada (figure 5).

Selon des estimations, l’hydroélectricité a compté pour 57 % de toute l’électricité produite au Canada en 2017. À 15 %, le nucléaire est pour sa part arrivé deuxième. Toutes les autres sources d’énergie, soit le gaz naturel, le charbon, le pétrole et les énergies renouvelables autres qu’hydrauliques ont composé chacune 10 % ou moins du bouquet électrique.

Train léger sur un pont surplombant un parc industriel à Vancouver

Figure 5 : Production d’électricité du Canada, selon la source d’énergie

Figure 5 : Production d’électricité du Canada, selon la source d’énergie

Source : Avenir énergétique 2017

Coût de la production d’électricité

Figure 6 : Plages des coûts moyens actualisés de l’énergie en Ontario

Figure 6 : Plages des coûts moyens actualisés de l’énergie en Ontario

Source : La Société indépendante d’exploitation du réseau de l’électricité (SIERE), 2016 IESO Ontario Planning Outlook

Les centrales sont très différentes les unes des autres de par leur taille, la quantité d’électricité produite, le niveau d’efficience et d’autres variables opérationnelles. Il en va de même sur le plan financier, puisque l’investissement initial et le coût des activités d’exploitation continue, des travaux d’entretien et du combustible varient grandement.

Le coût moyen actualisé de l’énergie permet de comparer directement les coûts liés à diverses technologies qui présentent des caractéristiques très différentes. Il correspond au prix que le producteur doit toucher pendant la durée de vie d’une installation afin de rentrer dans ses dépenses. Il tient compte des investissements, des frais d’exploitation et du coût du combustible sur toute la durée de vie de l’installation, mais il exclut les coûts de désaffectation. Les plages de valeurs indiquées ci-après varient beaucoup car elles comprennent les coûts liés à l’aménagement de centrales assez différentes au fil du temps.

Si le coût moyen actualisé de l’énergie permet de comparer directement les technologies, il présente toutefois des limites. Les valeurs reposent en grande partie sur des projections, sans égard à certains facteurs autres que financiers, tels que la fiabilité et les effets environnementaux.

La composition du bouquet électrique du Canada (figures 7 et 8) a changé au cours des dix dernières années, en raison des changements technologiques qui ont attiré des investissements dans les énergies renouvelables. De 2005 à 2017, le Canada a accru sa production d’électricité de 50 térawattheures (« TWh »). Alors que la part du charbon et du pétrole a connu une baisse, celle de l’énergie hydraulique, du gaz naturel, des énergies renouvelables autres qu’hydrauliques et du nucléaire a augmenté. La production d’électricité nucléaire a enregistré une hausse de 8 TWh, ou 9 %, du fait des remises à neuf.

Figure 7 : Évolution de la production d’électricité du Canada, de 2005 à 2017

Figure 7 : Évolution de la production d’électricité du Canada, de 2005 à 2017

Source : Avenir énergétique 2017

Figure 8 : Production d’électricité du Canada, de 2005 à 2017

Figure 8 : Production d’électricité du Canada, de 2005 à 2017

Source: Avenir énergétique 2017

Cadre de réglementation de l’énergie nucléaire du Canada

Le secteur nucléaire canadien fait l’objet d’une surveillance étroite et d’une réglementation stricte. La Commission canadienne de sûreté nucléaire (la « CCSN ») est l’organisme fédéral qui assure de manière indépendante la réglementation du secteur nucléaire. Son mandat se résume comme suit :

  • réglementer l’utilisation de l’énergie et des matières nucléaires afin de préserver la santé, la sûreté et la sécurité et de protéger l’environnement;
  • respecter les engagements internationaux du Canada à l’égard de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire;
  • informer objectivement le public sur les plans scientifique ou technique ou en ce qui concerne la réglementation du domaine de l’énergie nucléaire.

La CCSN a adopté une démarche de réglementation axée sur le cycle de vie des installations. Elle assure ainsi une réglementation à chacune des étapes du cycle de vie des centrales nucléaires du Canada, de l’évaluation environnementale qui doit précéder la construction, à la désaffectation des installations et à la gestion des déchets à long terme, une fois les activités d’exploitation terminées.

Les provinces et territoires canadiens ont eux aussi un rôle à jouer dans la réglementation de la production d’électricité nucléaire. Ils ont la responsabilité d’élaborer les lois et politiques visant l’électricité et de réglementer les centrales, y compris certains aspects des centrales, par l’entremise de régies ou de commissions de services publics.

Pour de plus amples renseignements sur la réglementation de l’énergie nucléaire au Canada et sur les autres ministères fédéraux appelés à réglementer des aspects de l’énergie nucléaire, voir le site de Ressources naturelles Canada.

Vue en plongée d’une salle de générateurs dans une centrale nucléaire alors que des ingénieurs avec équipement de protection individuelle se déplacent sur les passerelles

Ontario

L’Ontario dispose d’une capacité nucléaire installée d’environ 13 500 MWNote de bas de page 1. La province dépend de la production d’électricité nucléaire pour sa charge de base. L’électricité nucléaire a représenté 58 % de la production ontarienne en 2017 (figure 9), faisant de cette énergie la plus grande contributrice au bouquet électrique. De 2005 à 2017, la production d’électricité nucléaire est passée de 78 TWh à 90 TWh, un accroissement attribuable aux remises à neuf et à des améliorations apportées aux centrales (figure 10). En 2014, l’Ontario a abandonné le recours au charbon, source de 19 % de l’électricité produite en 2005. Le charbon, qui contribuait à produire la charge de base, a été remplacé dans la plupart des cas par le nucléaire et par une combinaison de gaz naturel et d’énergies renouvelables autres qu’hydrauliques.

Centrale nucléaire de Pickering sur les rives du lac Ontario par une belle journée ensoleillée

Figure 9 : Production d’électricité de l’Ontario, selon la source

Figure 9 : Production d’électricité de l’Ontario, selon la source

Source : Avenir énergétique 2017

Figure 10 : Production d’électricité de l’Ontario, de 2005 à 2017

Figure 10 : Production d’électricité de l’Ontario, de 2005 à 2017

Source: Avenir énergétique 2017

L’Ontario compte trois centrales nucléaires en exploitation. La société Bruce Power exploite huit réacteurs des centrales Bruce A et Bruce B, près de Kincardine, soit une capacité installée combinée de près de 6 600 MW. À la fin des années 1990, quatre des réacteurs de Bruce A ont été mis hors service. Deux réacteurs ont été remis en service en 2003 et 2004 et les deux autres, en 2012. Bruce Power prévoit la remise à neuf de six réacteurs pendant la période de 2020 à 2033, afin de prolonger la vie utile de la centrale au-delà de 2060.

La société Ontario Power Generation (l’« OPG ») exploite la centrale Darlington, à Clarington, et la centrale Pickering, dans la localité du même nom. Les quatre réacteurs de Darlington, qui présentent une capacité installée d’environ 3 700 MW, font l’objet d’une remise à neuf depuis octobre 2016. La remise en service devrait avoir lieu en 2026. À Pickering, six réacteurs possédant une capacité installée combinée d’à peu près 3 100 MW sont en service et deux réacteurs ont été mis hors service définitivement. L'OPG planifie exploiter Pickering jusqu’en 2024.

L’Ontario ne projette pas, à l’heure actuelle, d’ajouter de puissance nucléaire à son bouquet électrique. En 2013, la province a reporté la construction de deux réacteurs à Darlington, compte tenu de la faible croissance de la demande d’électricité. En octobre 2017, l’Ontario a publié son Plan énergétique à long terme 2017, dans lequel elle s’est de nouveau engagée à l’égard des projets de remise à neuf à Bruce et à Darlington et de la mise hors service définitive de Pickering.

Vérification de l’intérieur d’un générateur par un ingénieur

Nouveau-Brunswick

La capacité nucléaire installée au Nouveau-Brunswick se chiffre à 705 MW. L’électricité nucléaire est la plus importante forme d’électricité du bouquet provincial, comptant, en 2017, pour 39 % de l’électricité produite dans la province (figure 11). Comme l’Ontario, le Nouveau-Brunswick dépend de la production d’électricité nucléaire pour sa charge de base.

Centrale nucléaire de Point Lepreau sous un ciel radieux avec chardons à l’avant-plan

Figure 11 : Production d’électricité du Nouveau-Brunswick, selon la source

Figure 11 : Production d’électricité du Nouveau-Brunswick, selon la source

Source : Avenir énergétique 2017

Figure 12 : Production d’électricité du Nouveau-Brunswick, de 2005 à 2017

Figure 12 : Production d’électricité du Nouveau-Brunswick, de 2005 à 2017

Source : Avenir énergétique 2017

Point Lepreau est la seule centrale nucléaire de la province. Exploitée par la société Énergie NB, elle compte un seul réacteur. Elle a été hors service pour une remise à neuf de 2008 à novembre 2012. Selon les prévisions, elle devrait demeurer en service jusqu’en 2039. Pendant la remise à neuf, la province a dû importer de l’électricité pour répondre à la demande (figure 12).

Autres provinces canadiennes

Au Canada, d’autres provinces ont envisagé, à un moment ou à un autre, la possibilité de produire de l’électricité nucléaire, mais sans donner suite à leurs projets, pour différentes raisons. L’énergie nucléaire se prête mieux à la production de la charge de base. Or, certaines provinces, telles que la Colombie- Britannique et le Manitoba, peuvent produire suffisamment d’hydroélectricité pour répondre à leurs besoins de charge de base. Les territoires canadiens et certaines provinces, comme l’Île-du-Prince-Édouard, n’ont par ailleurs pas la population nécessaire pour appuyer des installations nucléaires. Dans certaines régions, enfin, les coûts de construction et le choix politique d’éviter le nucléaire limitent le recours à cette forme d’électricité.

Le Québec est la seule autre province à avoir eu recours à l’électricité nucléaire pour compléter son bouquet électrique. La centrale Gentilly-2 d’Hydro-Québec comportait un réacteur d’une puissance de 675 MW. Gentilly-2 devait au départ être remise à neuf vers la fin de sa vie utile, mais le gouvernement du Québec a annoncé en 2012 qu’il procéderait plutôt à une fermeture définitive. La province produisant principalement de l’hydroélectricité, le nucléaire ne contribuait que très peu au bouquet électrique. À preuve, de 2005 à 2012, dernière année de service de Gentilly-2, le nucléaire n’a représenté que 2 % de l’électricité produite au Québec.

L’hydroélectricité a compté pour 90 % du bouquet électrique de la Colombie-Britannique en 2016. En effet,la province s’est donné en 2002 un plan énergétique dans lequel elle s’est engagée à ne pas recourir au nucléaire pour ses besoins en électricité. Cet engagement a été intégré à la loi provinciale sur l’énergie propre, la Clean Energy Act, qui précise que la Colombie-Britannique atteindra ses objectifs énergétiques sans recourir à l’énergie nucléaire. En 2016, l’hydroélectricité a constitué respectivement 97 % et 95 % du bouquet électrique du Manitoba et de Terre-Neuve-et-Labrador. De par leurs abondantes ressources hydrauliques, plus que suffisantes pour répondre à la demande, les deux provinces sont des exportatrices nettes d’électricité.

En Alberta, en Saskatchewan et en Nouvelle-Écosse, l’électricité est principalement produite à partir de charbon ou de gaz naturel. Les trois provinces ont bien envisagé de produire de l’électricité nucléaire, mais n’ont donné suite à aucun projet. Aucune des trois ne prévoit aménager d’installations nucléaires.

En Alberta, où la production d’électricité relève du secteur privé, la dernière allusion du gouvernement au nucléaire remonte à 2009. Le gouvernement albertain avait commandé à l’époque une étude sur la production d’électricité nucléaire en Alberta. Après la publication de l’étude, il a annoncé qu’il se prononcerait sur tout projet de centrale nucléaire au cas par cas et qu’il n’affecterait pas de fonds publics à l’aménagement d’une capacité nucléaire.

La Saskatchewan envisage la faisabilité du nucléaire depuis plus de 40 ans. Bien que les centrales nucléaires modernes soient trop grandes pour le réseau électrique de la province, les PRM pourraient se révéler intéressants à l’avenir. Des recherches à ce sujet sont en cours. Il s’agit d’une technologie émergente qui ne constitue pas encore une option au Canada.

En Nouvelle-Écosse, une étude a été faite en 2012 dans le cadre de la demande concernant la construction d’un lien maritime reliant Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse, le Maritime Link, afin d’explorer les diverses options de production d’électricité de la province. L’étude a permis de conclure que, pour des raisons technologiques, la production d’électricité nucléaire n’était pas viable sur le plan économique en NouvelleÉcosse. D’ailleurs, la loi sur la privatisation de la société Nova Scotia Power, la Nova Scotia Power Privatization Act [anglais seulement], interdit la construction de centrales nucléaires.

La population des territoires canadiens et de l’Île-du-Prince-Édouard est trop faible pour appuyer une centrale nucléaire : leur demande combinée s’est chiffrée à 702 MW en 2016, soit à un peu plus de la moitié de la puissance moyenne des réacteurs en construction dans le monde en 2017.

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