Aperçu du marché : L’essor de l’industrie canadienne de l’élimination du dioxyde de carbone
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Date de diffusion : 2026-01-21
Dans le cadre des efforts déployés par la communauté internationale pour lutter contre les changements climatiques, l’élimination du dioxyde de carbone gagne du terrain comme un outil pouvant être utilisé dans les stratégies d’atténuation des changements climatiques. L’élimination du dioxyde de carbone (« CO2 ») est le processus qui consiste à retirer ce composé de l’atmosphère et à le stocker pendant des siècles, voire plus longtemps. Il remplit deux fonctions essentielles : compenser les émissions des secteurs difficiles à décarboner (acier, ciment et transport longue distance) et éliminer les émissions qui se sont accumulées depuis la révolution industrielle.
Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, toutes les voies qui limitent le réchauffement climatique à 1,5 °C, voire moins, utilisent l’élimination du dioxyde de carbone pour atteindre la carboneutralité. Dans les scénarios où le réchauffement dépasse 1,5 °C, l’élimination du dioxyde de carbone devient essentielle pour atteindre des émissions négatives nettes afin de ramener le réchauffement en dessous de 1,5 °C d’ici la fin du siècleNote de bas de page 1.
Solutions axées sur la technologie
Bien que les processus d’élimination du CO2 fondés sur la nature, comme le reboisement et la restauration des écosystèmes, peuvent jouer un rôle important dans l’atténuation des gaz à effet de serre, ils ne permettront probablement pas d’atteindre l’échelle d’élimination du CO2 nécessaire pour limiter le réchauffement entre 1,5 et 2 °CNote de bas de page 2. Pour les suppressions à grande échelle, l’attention se tourne plutôt vers les approches fondées sur la technologie, compte tenu de leur potentiel en matière de suppression et de stockage à long terme du CO2Note de bas de page 3. Le tableau ci-dessous présente les principales technologies d’élimination du CO2Note de bas de page 4 et leurs coûts estimés une fois mises à l’échelle.
Tableau 1. Descriptions et coûts des technologies d’élimination du dioxyde de carbone
Technologies d’élimination du dioxyde de carbone |
Description |
Coûts estimés à grande échelle (en dollars américains)Note de bas de page 5 |
|---|---|---|
Captage direct dans l’air |
Utilisation de produits chimiques et de matériaux qui fixent directement le CO2 présent dans l’air pour le stockage géologique ou l’utilisation dans des produits à longue durée de vie tels que le béton et le plastique. |
100 à 300 $/tCO2 |
Élimination et stockage du carbone issu de la biomasse |
Diverses technologies qui utilisent des plantes pour capter le CO2 présent dans l’air afin de le stocker ou de l’utiliser. On peut citer, entre autres, le biocharbon, où la biomasse est chauffée en l’absence d’oxygène pour former un solide stable plus résistant à la décomposition, et la bioénergie avec captage et stockage du carbone, où la biomasse est utilisée pour produire de l’énergie et où le CO2 issu de la combustion est ensuite capté pour être stocké ou utilisé. |
Les estimations des coûts varient selon la technologie. Les estimations pour le biocharbon sont comprises entre 10 et 345 $/tCO2, tandis que celles pour la bioénergie avec captage et stockage du carbone sont comprises entre 15 et 400 $/tCO2. |
Augmentation de l’altération des roches |
Broyer des roches absorbant le CO2 en grains plus fins et les répandre sur les champs agricoles ou d’autres terres afin de favoriser le stockage du CO2 tout en apportant des nutriments au sol pour améliorer sa santé et le rendement des cultures. |
50 à 200 $/tCO2 |
Minéralisation du carbone |
Processus par lequel le CO2 est fixé dans les roches par des réactions chimiques, en particulier dans les roches riches en calcium ou en magnésium. |
10 $ -> 1 000 $/tCO2 |
Captage direct dans l’océan |
Élimine le CO2 de l’eau de mer grâce à des processus électrochimiques afin de le stocker ou de l’utiliser, puis renvoie l’eau de mer dans l’océan où elle peut absorber davantage de CO2. |
Inconnu |
Augmentation de l’alcalinité océanique |
Ajout de substances alcalines à la surface de l’océan afin d’inverser l’acidification océanique et d’augmenter la capacité de l’océan à absorber le CO2. |
40 à 260 $ |
L’avantage concurrentiel du Canada
Le Canada dispose d’un avantage unique pour développer une industrie de l’élimination du CO2. Les politiques climatiques du pays, notamment la tarification industrielle du carboneNote de bas de page 6 et la réglementation des émissionsNote de bas de page 7, créent un marché pour les technologies d’élimination du CO2 en lui permettant de vendre des crédits de pollution, en particulier aux secteurs dont les options de décarbonation sont limitées. D’autres politiques incitatives, telles que les crédits d’impôt à l’investissementNote de bas de page 8 et le financement de l’innovationNote de bas de page 9, fournissent des financements pour la recherche et le développement ainsi que pour la commercialisation des technologies.
Les ressources naturelles abondantes du Canada peuvent également soutenir son industrie d’élimination du CO2. L’électricité à faible teneur en carbone provenant des ressources hydrauliques, éoliennes, solaires et nucléaires peut contribuer à alimenter les technologies d’élimination du dioxyde de carbone telles que le captage direct dans l’air. Les réservoirs géologiques importants offrent de nombreuses possibilités pour le stockage du CO2. L’abondance des ressources en biomasse permet l’application des technologies d’élimination et stockage du carbone issu de la biomasse et de la bioénergie avec captage et stockage du carbone. Les côtes et les centres de recherche marine constituent une base pour l’élimination du CO2 océanique, comme le captage direct dans l’océan et l’augmentation de l’alcalinité océanique. Enfin, un secteur minier développé peut soutenir des initiatives visant l’augmentation de l’altération des roches et de la minéralisation du carbone.
L’industrie de l’élimination du CO2 au Canada est en pleine croissance grâce à ces avantages en matière de ressources naturelles et au contexte politique. Le Canada compte déjà 78 entreprises spécialisées dans l’élimination et 48 projets actifs ou prévus dans ce domaine, comme le montre la Carbon Console (en anglais seulement) de Carbon Removal Canada. Plusieurs de ces entreprises ont attiré des investissements de la part d’acteurs majeurs tels que Microsoft, Amazon et ShopifyNote de bas de page 10. D’autres grandes entreprises telles que Google, Meta, British Airways et Japan Airlines ont manifesté leur intérêt pour les crédits d’élimination du dioxyde de carbone comme moyen de réduire leurs émissions. Un rapport publié en 2023 par McKinsey & Company estime que le marché mondial de l’élimination du dioxyde de carbone pourrait atteindre une valeur de 1 200 milliards de dollars américains d’ici 2050Note de bas de page 11.
Les défis et la voie à suivre
Malgré leur potentiel prometteur, les technologies d’élimination du CO2 se heurtent à des obstacles importants et diversifiés pour parvenir à la commercialisation. De nombreuses technologies restent coûteuses et nécessitent un soutien politique soutenu pour devenir viables, même si certaines technologies d’élimination du dioxyde de carbone peuvent permettre de créer des produits utiles permettant de compenser partiellement les coûts, comme le biocharbon utilisé pour stimuler la productivité agricoleNote de bas de page 12. Parmi les autres défis, dont certains contribuent également à des coûts élevés, figurent les besoins énergétiques élevés de technologies telles que le captage direct dans l’air, les conflits d’utilisation des terres avec l’agriculture et la conservation pour l’élimination et le stockage du carbone issu de la biomasse, et le développement de réseaux de transport et de stockage pour le CO2 capté dans des technologies telles que la bioénergie avec captage et stockage du carbone et le captage direct dans l’air. Les méthodes fondées sur l’océan en sont encore à leurs débuts et peuvent occasionner des répercussions sur les environnements océaniques, tandis que l’augmentation de l’altération des roches et de la minéralisation du carbone pourrait soulever des préoccupations environnementales en raison de la possible augmentation de l’activité minière.
En 2023, le gouvernement fédéral a publié la Stratégie de gestion du carbone du Canada, qui reconnaît le rôle des technologies dans la compensation des émissions provenant des secteurs industriels les plus difficiles à décarboner et leur potentiel à contribuer à la croissance économique et aux exportations. La stratégie définissait cinq priorités clés pour relever les défis liés à l’élimination du dioxyde de carbone et assurer le développement responsable du secteur canadien de l’élimination du CO2Note de bas de page 13 :
- soutenir l’innovation, la recherche, le développement et la démonstration afin d’aider au développement des technologies en phase de démarrage;
- promouvoir des politiques et des règlements visant à créer une demande sur le marché et à garantir un déploiement sûr des technologies d’élimination du dioxyde de carbone;
- attirer les investissements et les possibilités commerciales;
- accroître l’ampleur des projets et des infrastructures;
- établir des partenariats et développer une main-d’œuvre diversifiée.
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